31 janvier – 11 février 2011 : trois auteurs, Lancelot Hamelin, Rémi Checchetto et William Pellier sont en résidence à la Chartreuse dans le cadre du projet Sciences-Fictions initié par le Domaine d’O et les Editions Espaces 34 de Montpellier. Où il s’agit pour les auteurs de rendre compte à travers d’un texte pour le théâtre, dont la livraison publique (- version encore en cours d’élaboration -) doit avoir lieu le 27 mars 2011 au Domaine d’O, de leurs rencontres avec différents scientifiques. Lancelot Hamelin a choisi d’être en dialogue avec Christian Mercat, Mathématicien à l’IREM, Lyon.
Extrait et Croquis (en cours d’écriture)
Les Erreries du MinutauRat ou Matériaux pour un labyrinthe
(Quand Mickey rencontre Dédale)
Dans une cave, à côté d’une machine à laver et d’un étendage où sèche le linge, une vieille télévision posée dans la poussière, en marche : les images des premiers pas sur la lune.
Dans un coin de la cave, un tas de poubelles noires.
Dans la cave, un enfant fait ses premiers pas, tombe. Assit par terre, il joue avec une poubelle, et ce qu’il y a dedans. Des rats viennent ronger les câbles qui s’entortillent aux pieds de la télé.Ils disputent à l’enfant ce qu’il y a dans la poubelle. Ils s’attaquent à l’enfant. Qui se protège et se met à pleurer. Une femme entre et bat l’enfant. Elle prend un rat dans ses bras et le berce. Lui donne le sein.
L’enfant se traîne jusqu’à la femme qui le repousse. Il s’endort dans les câbles de la télé.
Noir. Une voix de femme… Mon chéri ? Tu dors ? Pourquoi tu t’es endormi dans la cave ?
Voix d’homme : La maison n’est pas grande, comment il s’est perdu ?
La lumière monte : une cuisine, petit déjeuner… Papa, maman et le fils.

Il s’est perdu, il s’est retrouvé à la cave… Avec les rats. En fond, bruit de radio et de petit déjeuner : les Beatles, « Love me do », infos, le nom de Giscard d’Estaing…
Je regarde le visage de maman. Je ne comprends pas ce qu’il y a marqué sur le visage de maman.
Ton fils est somnambule, elle dit à papa. Et le frigidaire est encore tombé en panne pendant la nuit.
Papa doit partir pour son travail.
Tu ne me réponds jamais, chéri, tu entends ? Ton fils, c’est peut-être grave ?
Papa lui demande de parler plus bas, la radio parle de Giscard. Non, Giscard, il a fait n’importe quoi. On a raté le coche. Il aurait dû miser sur l’informatique, mais il va faire fermer la boîte de papa. Il n’a rien compris au futur. C’est la porte ouverte aux américains.
Ça sent le pain grillé trop grillé.
Comme tous les matins. Le grille pain marche mal. Ou c’est maman qui ne sait pas faire.
Papa parle des calculs des particules. Dans les accélérateurs de particules, comment on fera pour calculer leur vitesse, si on peut les observer mais pas calculer leur Rajectoire. J’aie bien quand papa dit le mot « Rajectoire ». Je ne sais pas comment ça s’écrit, je demanderai à Simon. Il ne suffit pas d’accélérer les particules, il faut calculer leurs Rajectoires. Comment faire sans les ordinateurs ? Et les robots ? Les Intelligences Artificielles avec des pinces et des visages humains ? Elles seront capables de retrouver tes chaussettes sous ton lit le matin. Pas comme ta mère. Maman casse un bol dans la vaisselle. Tu ne me fais jamais un compliment. Papa doit partir. J’ai envie de vomir le pain grillé. Il est trop grillé.
Papa me dit dépêche-toi, je vais être en retard. Il faut que je te dépose. Et puis il me demande : pourquoi tu me regardes comme ça ? On dirait que tu ne m’as jamais vu…
( ???)
Maman m’a dit qu’il faut se coucher, il est vraiment très tard. Je vois dehors, la nuit dans le jardin. Il est vraiment très nuit. Je suis sûr qu’il y a des gens dans le jardin, qui attendent qu’on dorme tous, pour venir dans la maison. Ils veulent tuer papa et maman. La vie est vraiment trop dure pour eux, toujours, c’est eux qui le disent. Il faudrait vraiment que quelqu’un les tue. Mais moi, ça va, la vie n’est pas trop dure pour moi. Il n’y aura pas besoin de me tuer… Il faudra que je leur dise. Mais est-ce qu’ils écouteront ? Maintenant, il fait trop chaud dans le lit. Il y a trop de couvertures, mais maman me dit n’enlève pas les couvertures, sinon tu vas prendre froid. Heureusement, entre le drap et le matelas, c’est encore un peu froid. Irène devra me montrer sa culotte. C’est pour ça qu’elle porte ses robes. Moi je porte un pantalon bien serré par la ceinture de cow-boy avec la tête de taureau. J’entends un drôle de bruit dans la maison depuis tout à l’heure.
C’est un bruit qui gronde dans la maison.
C’est pas une bête, c’est une machine, une machine ou une bête… Où est-ce qu’il fait le moins chaud dans la maison ? C’est quelle bête qui fait ce bruit qui gronde ? Une machine bête, une bête machine, ça tourne… Pourquoi maman met la machine à laver en marche pendant la nuit ? Je devrais descendre à la cave avant de m’endormir, oui, parce que…
Le rêve : Sur « Borrowed Times » de AC/DC.
Dans la cave, à côté d’une machine à laver et d’un étendage où sèche le linge, une vieille télévision posée dans la poussière, en marche : scène des cannibales dans un vieux Tarzan.
La femme berce son rat pendant que l’enfant dort dans les câbles. Un téléphone sonne. La femme jette le rat et sort. Le rat est sonné. L’enfant le ramasse par la queue. Le rat se tortille et couine. L’enfant farfouille dans les poubelles et trouve un vieux cutter.
Il découpe et enlève la tête du rat, comme d’un flacon de shampoing, et verse le contenu noir sur la télé qui diffuse un vieux feuilleton de sitcom familial. L’écran inondé de pétrole.
Un personnage de la sitcom – un enfant en colère – sort d’un appartement, en disant « puisque c’est comme ça, je vais dans la rue ».
On se retrouve dans une rue devant une vitrine…
